Oui, et c’est d’ailleurs ce qui se fait en général, sans que cela soit formulé.
Qui osera dire : « Je reste avec toi parce que je te préfère aux autres » ? Personne. De peur que l’autre en déduise : « Alors c’est que tu en aimes d’autres ? ». On ne veut pas être « préféré·e », mais aimé·e exclusivement. Ce sont des choses qui se vivent, mais ne se disent pas. C’est le mythe contre la réalité, l’exclusivité contre la préférence, l’extrême irréalisable contre un entre-deux difficile à réaliser. La promiscuité d’abord désirée et appréciée puis tant bien que mal supportée n’apportera, au bout d’un certain temps, que des désagréments : lassitude, et parfois sensation d’être espionné·e : « Tu m’étouffes, je ne peux pas faire un pas sans que tu me demandes où je suis et ce que je fais ». On finit par s’appeler cinquante fois par jour pour se rassurer et non pas par amour, sous couvert de divers prétextes : « Je me fais du souci pour lui·elle, c’est pour ça que je l’appelle »
C’est bien plus la jalousie que le souci de l’autre qui guide ce comportement. Si certains font de la jalousie une preuve d’amour, c’est uniquement pour ennoblir ce sentiment, pour justifier un contrôle totalitaire de l’un par l’autre, voire rendre légitime un crime commis en son nom. Crime passionnel, dit-on. Qui pense sincèrement que l’assassinat d’une personne au nom de l’amour soit une preuve d’amour ? La personne jalouse souffre d’une immense dévalorisation et d’une image de soi dépréciée. Elle camoufle son désir de s’approprier l’autre derrière des mensonges tels que : « Tu dois me dire toute la vérité sinon c’est que tu ne m’aimes pas ». Et quand l’infidélité est découverte ou avouée, elle va surtout chercher à savoir « avec qui » cela a eu lieu et ce que la personne a « de plus » qu’elle-même ? ».
Or il n’y a pas de plus ou de moins, mais tout simplement un espace où le nouveau, l’étrange et l’imprévisible l’emportent sur l’ennui et la routine du couple.
Quand la magie de la passion opère
L’homme croit que la femme dont il est tombé amoureux exprimera indéfiniment son désir sexuel de la même façon qu’au début de leur passion, spontanément et fréquemment. La femme croit que l’homme dont elle est tombée amoureuse exprimera indéfiniment séduction et romantisme, de la même façon qu’au temps de leur rencontre, spontanément et fréquemment.
Quand nous entrons en vie de couple, les composantes de la passion vont, en s’amenuisant puis en disparaissant, devenir les instruments de sa destruction. Quand la passion perd de son intensité, la communication des émotions et le désir sexuel ne se vivent plus dans la simultanéité ni dans la similarité. C’est ce constat qui, lentement, s’insinue et fait peur. La spontanéité réjouie s’étiole et le désir sexuel de l’homme et de la femme se différencient et amorcent un décalage dans le temps et dans l’intensité.
C’est au début de la vie en couple que commence la lente et insidieuse décomposition de la passion parce que nous nous lançons aveuglément dans un fourre-tout prêt-à-porter et prêt- à- vivre dans lequel nous jetons pêle-mêle passion amoureuse, besoins matériels, partage (équitable ou pas) des tâches et des responsabilités…
Le temps qui passe, la promiscuité et la routine opèrent progressivement un travail de sape qui ronge le merveilleux de la rencontre et cache les évidences de la réalité : habitudes, lassitude et ennui.
L’homme et la femme perdent l’élan magique qui les poussait l’un vers l’autre. Ils font l’amour moins souvent et l’homme le déplore. Ils sont moins romantiques et la femme le déplore.
De jour en jour l’enthousiasme communicatif s’étiole. On ne joue plus, on est moins curieux, on ne se surprend plus, on ne rit plus. On voudrait encore partager alors qu’il faudrait apprendre à échanger. Nous ne sommes plus les mêmes, nous sommes différents. Ce constat n’est pas évident pour tout le monde.
Parce qu’ échanger le « différent » est plus difficile que partager le « même ».
« Je t’aime moins, mais je veux rester avec toi ». Cette phrase est-elle audible sans provoquer un tsunami affectif ?
Mais c’est le langage de la passion ou rien !
Le totalitarisme affectif fait loi :« S’aimer moins n’est pas normal, je me suis trompée, ce n’est pas l’homme ou la femme de ma vie ».
Ils se sentent désemparés. Ils sont encore attachés l’un à l’autre, mais ils pensent que ce n’est pas suffisant pour continuer à vivre ensemble.
On ne leur a pas expliqué que le désir masculin est inné qu’il y ait passion ou pas et que le désir féminin est inné uniquement dans le temps de la passion mais à fabriquer dans la continuité du couple.
L’homme et la femme doivent devenir acteur de leur sexualité et ne plus attendre en vain une spontanéité soit disant partagée.
Les différences de chacun.e vont enfin enrichir un érotisme réinventé !
C’est mieux que la magie !
De la passion à l’action
Transformer une passion amoureuse en vie conjugale exige une adaptation progressive aux exigences d’une vie de couple, véritable entreprise familiale.
Cette adaptation coïncide avec une diminution de la passion amoureuse, ce qui rend les choses encore plus difficiles. La difficulté s’accentue encore avec la découverte, chez le compagnon ou la compagne, de nouveaux traits de sa personnalité auxquels on ne s’attendait pas.
Avec le temps et la routine quotidienne, nous baissons la garde, notre spontanéité reprend le dessus et le “naturel revient au galop”. Apparaît alors ce que Jean Claude Kaufmann, sociologue de la famille, appelle “Le placard de barbe bleue”, les moins jolies choses de soi.
Comment faire en sorte que la déception ne prenne pas toute la place et n’étouffe pas le sentiment d’admiration qui nous a conduits à vivre ensemble ?
La patience, la tolérance, le lâcher-prise, l’écoute, nécessaires à une communication de bonne qualité, vont permettre de remédier aux différences et d’installer l’adaptation indispensable à la construction et à l’action.
Domination et soumission, encore ?
Aujourd’hui est une époque charnière dans laquelle l’homme regrette la femme qui n’est plus et la femme attend l’homme qui n’est pas encore.
L’homme s’éloigne lentement de la domination, soit parce qu’il n’est pas intrinsèquement dominateur soit parce qu’il prend conscience que la domination est obsolète. Mais les habitudes sont là, encore vivantes, “injonctions incorporées” coupables d’incompréhensions, de quiproquos, et de conflits trop souvent violents dans le couple.
La femme s’éloigne lentement de la soumission, soit parce qu’elle n’est pas intrinsèquement soumise, soit parce qu’elle prend conscience que la soumission est obsolète. Mais les habitudes sont là, solides, quasi indélogeables, sources de « pression mentale », de « burnout » et quelques fois de séparations.
Dans les conflits de couple, l’homme et la femme ne sont pas les vrais coupables. C’est indubitablement notre histoire et les 3000 années de conditionnement comportemental et moral chez l’homme et chez la femme qu’il faut interroger, juger, remettre en question, rénover, comme on dit : mettre aux goûts du jour.
Seule une réflexion sur nos héritages comportementaux et moraux et une action de réinvention et de reconstruction, pourraient venir à bout de nos inconforts et de nos mésententes quand nous abordons les sujets de domination et de soumission.
A travailler dans les articles suivants !
Entre l’homme et la femme, les différences se rejoignent…
Plus souvent les femmes que les hommes, et les études sexologiques le démontrent, vont ressentir avec l’âge, plus de réactivité sexuelle et génitale et vivre des expériences sexuelles d’abord romantiques, puis sensuelles et enfin génitales agréables.
Ces trois niveaux de plaisir sont indispensables à la femme adulte, que ce soit au moment de la rencontre amoureuse ou au bout de quelques années de vie de couple.
Une 4ème condition indispensable qu’il ne faut pas négliger : l’épanouissement individuel, qu’il soit professionnel, familial, amical, bref dans l’ensemble de la vie relationnelle d’une femme adulte.
Sa sexualité ne s’épanouira que dans un contexte amoureux stable et vivant.
On sait que l’homme ressent plus de pulsion sexuelle et que ses réactions sexuelles sont plus fortes au début de sa vie adulte. Avec l’âge ces mêmes réactions vont perdre de leur intensité.
C’est à ce moment – là que la rencontre peut devenir plus équitable et bénéfique pour les deux ?
Le romantisme, la sensualité, la génitalité ne dessineront plus une zone de conflit mais un terrain de jeu, de légèreté, de fantaisie, d’échange véritablement amoureux et … érotique.
