Au cours de l’évolution de la vie de couple, on peut observer qu’on a essayé
le couple par intérêt matériel ou par convenance personnelle depuis des millénaires jusqu’au début du XXème siècle. Puis on a essayé le couple par amour, persuadés que l’amour garantirait la pérennité et l’indissolubilité du lien. Est-ce que ça marche?
Le lien du couple ne dépend pas seulement d’une décision politique (la loi), religieuse (le sacré), ou amoureuse (je t’aime pour la vie). Rien n’est fixe ni définitif. Les individus et les relations entre individus évoluent dans le temps et dans l’espace, à fortiori le lien entre deux individus dans le couple.
Le couple n’est pas une fin en soi mais un commencement et un recommencement tous les jours renouvelés. Comme une partition musicale qui n’aurait pas de fin ; comme une symphonie… inachevée. L’existence de la vie de couple dépend de notre capacité à construire, à inventer, à aimer recréer indéfiniment soi et le lien.
L’intimité du couple est un art dans une perpétuelle inventivité et en perpétuelle métamorphose à condition que nous ayons le courage de remettre en question tout ce que nous savons déjà de lui et que nous subissons.
Les chemins existent qui peuvent nous conduire vers un “plus” d’humanité dans notre vie à deux.
Le couple s’ennuie-t-il sexuellement ?
Ce que je perçois derrière chaque demande d’entretien sexologique, c’est l’ambition et l’appétit d’une sexualité bienfaisante, tellement difficile à cultiver dans la cohabitation et la durée. Ma réponse à cette recherche passe par la « balade érotique » (voir livre Essai “A nous deux, le couple !”).
La balade érotique c’est se promener dans la sensualité, le plaisir des sens, l’intuition des gestes, jouer, se parler, rire , se balader sans savoir où on va.
Quand le désir n’est plus auussi fort qu’avant, ce comportement fantaisiste et léger, sans obligation de résultat, permet au couple de passer d’une passion magique (coup de foudre) dans laquelle le désir est tout aussi magique et spontané, à une création et une improvisation érotique moins fougueuse, plus réfléchie. Un érotisme à chaque fois réinventé, unique et différent.
Nous savons que la passion est éphémère. Une sexuealité génitale est ennuyeuse.
La troisième voie, l’érotisme, avec sa balade, est un art, une aventure sans quête de résultat tel que l’orgasme dont l’homme se sent le plus souvent responsable et dont la femme se sent le plus souvent éloignée. Dans cette troisième voie, rien n’est certain que le plaisir des sens, le plaisir d’être ensemble et l’échange de caresses.
Ce « faire l’amour » n’a pas de limite d’âge ni de limite de durée du couple. Il s’agit là d’une sexualité humaine bienfaisante, comme si notre érotisme renaissait chaque fois que nous faisons l’amour.
Acte sexuel ou balade érotique ?
Pourquoi associer « balade » et « érotisme » ?
Précisons au préalable que mon propos concerne l’érotisme dans le couple post-passion. Quand le désir magique des premières fois fait place à moins de désir ou plus de désir du tout. Quand on est attachés l’un à l’autre, quand on se dit « je t’aime » mais que le désir sexuel ne suit pas.
Que signifie l’expression « faire l’amour » ? Nous utilisons ces mots dans le cadre de deux situations extrêmement différentes : le couple intensément amoureux au plus fort de la passion et le couple amicalement amoureux au plus loin dans la durée du couple. Notre vocabulaire amoureux est bien pauvre ! Et les amalgames qui en découlent sont lourds de conséquences pour les personnes qui désirent faire durer leur couple et continuer à faire l’amour.
Le terme de « balade » (se balader : se promener sans savoir où on va) permet de distinguer la certitude d’une spontanéité partagée lors du « coup de foudre », de l’improbabilité d’une spontanéité réciproque au bout de quelques mois ou quelques années de vie de couple. De plus, et c’est là que réside toute la complexité de nos comportements sexuels dans le long terme, nous employons également l’expression « faire l’amour » sans faire le distinguo entre un comportement génital (acte sexuel) et un comportement érotique. Le premier implique une idée de besoin et de normalité voire de « devoir conjugal » ; le deuxième suppose une démarche et une gestuelle sensuelles liées à l’affect et au désir de volupté.
Se balader dans l’érotisme sans savoir où on va … improviser, créer, apprivoiser, hésiter. Echanger maladresse, élégance, habileté, rires, sourires, mots, soupirs et … le désir sera peut-être au rendez-vous … ou pas.
Cette liberté dans l’incertitude de résultat redonnera confiance en soi et lâcher-prise, conditions incontournables pour la fabrication du désir.

