Aujourd’hui : époque charnière dans laquelle « l’homme regrette la femme qui n’est plus, tandis que la femme attend l’homme qui n’est pas encore ».
L’homme s’éloigne lentement de la domination, soit parce qu’il n’est pas dominateur intrinsèquement, soit parce qu’il prend conscience que la domination est obsolète. Mais les habitudes sont là, encore vivantes, pourvoyeuses d’abus de toutes sortes avec « violences psychiques ou et physiques ».
La femme s’éloigne lentement de la soumission, soit parce qu’elle n’est pas soumise intrinsèquement, soit parce qu’elle prend conscience que la soumission est obsolète. Mais les habitudes sont là, solides, quasi indélogeables, sources de « pression mentale », de « burnout » et quelques fois de séparations.
Domination et soumission sont très souvent présentes dans de nombreux couples.
Deux causes ou plutôt deux questions sont envisageables.
Est-ce le fruit d’un héritage culturel ? Est-ce dans la nature de l’être humain ?
Quelle que soit la réponse, les fondations de la relation de couple se construisent avec des matériaux culturels et naturels différents chez les deux protagonistes.
Quand le couple est en souffrance, il sera possible de dénoncer héritages naturel et culturel mais cela ne sera pas suffisant. Essayons de travailler plutôt sur les différences ici et maintenant. Avec eux, décrivons ces différences, expliquons-les, prenons-les en compte et à fortiori utilisons-les, afin d’accompagner le couple dans la construction d’un nouveau lien de tolérance et de complémentarité avec le moins possible de domination et de soumission.
Le couple est un PLUS d’enrichissement personnel à condition qu’aucun.e des deux ne se sente plus dominant ou plus soumis.
Action.
Balade érotique et passion amoureuse
Tandis que la passion amoureuse représente un temps magique qui élude nos différences, l’érotisme dans la durée s’en nourrit. Faire l’amour quand l’excitation sexuelle est au zénith n’a rien à voir avec faire l’amour quand on vit ensemble depuis des lustres.
La balade érotique concerne cette deuxième situation : le temps où l’on n’obtient pas tout de suite ce qu’on désire. Le temps où la fabrication lente de l’excitation est un délice que l’on gâche trop souvent par l’anticipation inquiète de l’action. Le temps où l’on doit accepter la notion d’incertitude.
En réalité, qu’il s’agisse de problèmes d’érection, d’éjaculation, de désir, de plaisir, la cause des difficultés sexuelles est souvent la même : un schéma mental dictant une conduite sexuelle trop standardisée, régulée, ennuyeuse et castratrice.
C’est notre rôle, à nous, sexologues, d’aider les personnes à transformer un constat d’échec en nouveau départ : la balade érotique.
La balade érotique peut s’installer quand les deux partenaires ne se sentent pas obligés de poursuivre à tout prix une relation sexuelle une fois qu’elle est entamée. Lâcher-prise, tranquillité d’esprit et confiance pourront enfin s’installer.
Cette façon d’envisager la sexualité libère l’homme de son angoisse d’efficacité et laisse à la femme l’espace et le temps de fabriquer son désir de continuer.
Un comportement sexuel permissif et tolérant met la personne à l’abri des “blocages” et favorise le devenir des échanges. On cherche à garder l’autre auprès de soi, on peut aussi se perdre … et se retrouver.
Le sentiment amoureux sauve de tout ?
Il ne sauve pas des méfaits de la promiscuité ; l’amour passion se nourrit des émotions et de l’absence ; l’amour dans la durée du couple relève de la raison et de la présence.
La présence forcée, par exemple dans le cadre d’un confinement comme nous l’avons vécu en 2020, nous pousse à reconnaître que la vie à deux n’est pas individuellement vivable sans raison, réflexion, intelligence, organisation et surtout tolérance des différences de chacun-e.
Exemple d’opportunisme diplomatique : Le matin, après la toilette et le petit déjeuner, réunion quasi journalière du couple.
Objet : programme de la journée, qui fait quoi, quand, comment ?
Chacun-e exprime librement son désir de faire ou de ne pas faire tout en assurant une efficacité organisationnelle.
Lieu : un endroit réservé au couple, la chambre par exemple. Celle-ci doit être un lieu respecté par les enfants même si on ne fait pas l’amour. « Frapper avant d’entrer ». Poser une serrure à la porte de la chambre parentale n’est pas une entrave à l’amour parental. Nommer et faire respecter ce lieu permettra au couple de nommer et protéger également les territoires individuels.
On peut s’autoriser l’éloignement, une séparation géographique bienfaitrice, une solitude choisie, un repos nécessaire à l’équilibre individuel et à la créativité. Les disponibilités physiques et mentales sont nécessaires à la gentillesse et à la délicatesse.
Voire plus si affinités … tendresse, sensualité, intuition des gestes… voire encore plus : sexualité. Sous deux conditions : que l’homme n’interprète pas systématiquement la tendresse de la femme comme un désir et un consentement à la relation sexuelle, et que la femme ne considère pas que l’excitation de l’homme fasse de lui un obsédé.
Profitons de ce temps pour nous confier nos différences émotionnelles, sensuelles et sexuelles !
Le sentiment amoureux ne sauve pas de tout. C’est le « tout » qui sauve le sentiment amoureux.
Et ceci quelle que soit la nature du sentiment qui relie deux êtres dans le couple qui dure : sentiment amoureux, amoureux-amical, amical-complice, agréable cohabitation …
Le « tout » c’est aussi un lien intellectuel, professionnel, spirituel, familial, sportif, artistique ou de raison.
Le couple a ses raisons et sa raison.
« Le couple sauvera l’esprit » Philosophe ALAIN
« Je reste avec toi parce que je suis bien avec toi » AMW
Une métamorphose dans l’intimité du couple
L’intimité du couple est en constante métamorphose.
Au cours de l’évolution de la vie de couple, on peut observer qu’on a essayé le couple par intérêt matériel ou par convenance personnelle depuis des millénaires jusqu’au début du XXème siècle. Puis on a essayé le couple par amour, car nous semblions presuadés.es que l’amour garantirait la pérennité et l’indissolubilité du lien.
Les résultats ne sont apparemment pas probants. Ors le lien du couple ne dépend pas seulement d’une décision politique (la loi), religieuse (le sacré), ou amoureuse (je t’aime pour la vie). Rien n’est fixe ni définitif. Les individus et les relations entre individus évoluent dans le temps et dans l’espace, à fortiori le lien entre deux individus dans le couple.
Le couple n’est pas une fin en soi mais un commencement et un recommencement tous les jours renouvelés. Comme une partition musicale qui n’aurait pas de fin ; comme une symphonie… inachevée. L’existence de la vie de couple dépend de notre capacité à construire, à inventer, à aimer recréer indéfiniment soi et le lien.
L’intimité du couple est un art en perpétuelle métamorphose et heureusement !
A condition que nous puissions accueillir nos propres changements et ceux de la personne avac laquelle nous vivons.
Nous ferons de moins en moins de choses ensemble mais celles que nous ferons seront de qualité.
Je donne un exemple au sujet d’incidents très fréquents dans le couple: “Mon compagnon ne veut pas venir quelques fois et de moins en moins souvent aux repas de famille, c’est qu’il ne m’aime pas ou plus.” “Ma compagne ne veut plus m’accompagner aux matchs de rugby, c’est qu’elle ne m’aime pas comme avant.” : signes de désirs de changements ou tout simplement de choix. Cela n’a rien à voir avec l’affection que l’on porte à l’autre personne.
Il est important d’en parler et de ne pas laisser s’installer des reproches et des incompréhensions réciproques.
