Je m’étais engagée fin mars à parler ici des couples qui souffrent et ne cassent pas des portes pour autant. A l’encontre des catastrophistes, ces situations sont les plus fréquentes. Au cours des huit semaines de confinement, grâce aux entretiens téléphoniques individuels et aux échanges par Skype avec les couples, je n’ai pas entendu uniquement des plaintes. A situation exceptionnelle, réactions exceptionnelles. Des hommes et des femmes que je croyais « au bout du rouleau » ou prêts-es à se séparer et d’autres déjà engagés-es dans une procédure de divorce ont fait machine arrière. Comme si, face à un ennemi encore plus dangereux (l’épidémie), le réflexe était de se ré-unir et de « faire corps ». Chez eux, une nouvelle complicité s’est installée, sans doute par un réflexe d’autoprotection. Le sentiment amoureux les avait réunis il y a plus ou moins longtemps et c’est le souvenir de cet amour et le sentiment de solidarité réciproque qui les re-lient aujourd’hui.
Certains propos sont édifiants : « Je me suis rendue compte à quel point notre routine, nos habitudes, nous aident à surmonter nos différents… c’est comme une ancre qui nous relie à la vie » … « Au fur et à mesure que nous rangions nos livres, notre vaisselle, nos vêtements, nous avions l’impression de nous ranger, nous !… nous avons partagé ce ressenti, ça fait du bien »… « Je réalise, avec le confinement, que je suis bien chez moi. Nous nous sommes organisés différemment, on a changé beaucoup de choses… comme si on recommençait… c’est devenu un jeu. »
Confinement et déconfinement sont des étapes qui se reproduiront peut-être dans notre futur. Nul ne le sait. La routine, les habitudes étaient considérées comme des valeurs démodées, hors cadre du « tout nouveau tout beau ». Dans son essai sur « Le devoir de bonheur », Pascal Bruckner romancier philosophe, transfigure la routine : « Le grand art ne consiste pas seulement à briser la routine mais à jongler avec plusieurs pour ne dépendre d’aucune… en inventer de nouvelles, cela s’appelle une renaissance. »
La routine peut devenir l’amie du couple complice quand les petites satisfactions quotidiennes nourrissent et valorisent notre vie de tous les jours. C’est peut-être grâce à nos habitudes que nous sommes capables d’inventer et de construire de nouvelles compétences. Dans le couple, l’ordinaire peut nous reposer de l’extraordinaire. Organiser, ranger chacun-e à sa manière, nous octroyer le temps du couple et le temps pour soi, échanger nos désirs de changements et faire de tout cela… une bonne routine…
Mon premier livre : A nous deux, le couple !
Faire de sa vie en couple un « plus » et non un poids.

Passer du couple à tout prix, du couple douloureux, qui enferme, qui inhibe, au couple qui aide à devenir soi, tels sont les objectifs vers lesquels l’auteure veut nous accompagner. Vaste chantier, qui exige curiosité et goût du risque dans une exploration difficile et passionnante de l’originalité de chacun et de notre relation à l’autre. Projet qui vise à réinventer le couple et à repenser de façon très concrète la vie à deux et en famille. À travers de nombreux exemples tirés de son expérience novatrice qui fait appel à une médiation lexicale, conjugale et sexuelle, Anne-Marie Wolsfelt nous invite à envisager le couple de façon plus lucide, plus raisonnée, plus froide peut-être. La famille est appréhendée comme une entreprise à deux têtes qui s’appuie sur une gestion de l’espace (organisation domestique), du temps (planification) et des ressources humaines (exploitation des différences), et qui a pour élément moteur la communication des émotions et des idées.
Plaidoirie pour le couple
Gardons le cap sur le couple. Parce que je crois que c’est lui qui nous sauvera. « Le couple est la civilisation minimale – le contraire de la guerre, l’antidote de la mort » écrit André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique. Oui, j’aime bien cette expression : « la civilisation minimale » et je l’interprète de cette façon : le couple est le plus petit groupe sociétal à la fois représentant et miroir de notre civilisation. Quel destin !
De mon fauteuil d’écoute, je m’intéresse à ce couple qui reflète avec fidélité la complexité et l’évolution de notre société.
—J’observe le couple dans son désarroi ; ballotté inexorablement comme un bouchon dans les méandres de l’évolution technologique, économique, sociétale. Exposé aux invectives des moralisateurs et prôné par les partisans du « super couple ». Partagé entre les idées reçues, croyances diverses et variées du couple du XIXe siècle (rôles sexués de l’homme et de la femme) et les impératifs présents (redistribution de ces mêmes rôles en fonction des choix et des compétences de chacun-e).
—J’observe le couple dans son désir de « normalité ». Normal signifie pour eux : bons parents, belle maison en ordre, complicité bienveillante, sensualité et sexualité partagées. Mission impossible ? Comment, dans les conditions actuelles (même sans confinement physique) le couple pourrait-il assumer deux professions, tenir une maison, élever un, deux ou trois enfants, laisser à chacun-e un peu de temps et d’espace et être « normal » ? Les couples qui veulent bien faire n’en peuvent plus ! Ils n’y arrivent pas. Malgré toute leur bonne volonté ils se sentent confinés dans leurs multifonctions, épuisés, impuissants face à l’injonction sociétale du «conjugalement normal ». Il faudrait peut-être créer des emplois d’aide à la famille, former et valoriser des professionnels dans ce domaine ? On résoudrait par la même occasion en partie le problème du chômage ? Peut-être suis-je en train de rêver… ?
—J’observe le couple dans son désir de changement, d’inventivité, de construction… mais on ne l’accompagne pas, on en parle pas, on fait comme si le sens de la vie de couple était inné. Certains-es travaillent d’arrache-pied (dans nos cabinets de réflexion) pendant des semaines ou des mois à la transformation de leur vie de couple et quand ils ont enfin trouvé le sésame d’un entre-deux harmonieux et enrichissant, ils posent cette remarque et cette question : « Il faudrait que tout le monde sache que l’on peut tout remettre en question et qu’il est en notre pouvoir, individuellement et à deux, d’interagir sur une relation de couple et par voie de conséquences sur notre bonheur individuel.
Cette « civilisation minimale » qu’est le couple est aujourd’hui au minimum de ses capacités parce que nous demeurons nostalgiques du couple idéalement et éternellement amoureux et bienheureux, sans rien faire. C’est une utopie et une erreur. La vie en couple pourrait être beaucoup plus intéressante que dans ces extrêmes-là. Nous travaillons dans ce but.
L’image du couple en danger et sa nécessaire reconstruction reflète-t-elle une civilisation en mutation au chevet de laquelle nous devrions tous nous pencher ?
Avec le couple, avançons démasqués !
Mettre un masque, pour le couple, c’est sûrement pas un scoop ! Il avance masqué depuis ses origines, surtout face au mystère endémique de la sexualité. Masque collé à la peau, uniquement tissé de fausses croyances telle que, la plus répandue et indéracinable : « Le couple, ça devrait marcher, c’est naturel ». Nous avons échoué dans notre manière de concevoir un couple « naturel », de la même façon que nous échouerions si nous voulions jouer une partition de Bach « naturellement » au piano, sans jamais avoir appris à jouer de cet instrument. Avez-vous essayé ? Pour faire écho à la citation de Boris Cyrulnik, je soulignerai que le couple dans la durée est « un événement culturel » sur un « fait sociétal prétendument naturel ». Arrêtons de ne pas voir les choses en face, bas les masques, cessons de confondre magie naturelle de la passion et action culturelle du couple dans la durée. Un beau jour, nous ne serons plus amoureux de la personne avec laquelle nous avons fondé une famille. Est-ce une raison pour nous séparer ?
Et si nous tentions de tirer quelque chose de cette expérience cauchemardesque de la pandémie due au Covid-19 ? Grâce au confinement s’est reposée la question du rôle de chacun au sein du couple. Qu’est-ce qui est naturel, qu’est-ce qui ne l’ai pas ? Qui fait quoi ? Il faudrait faire en sorte que les nouvelles générations ne construisent plus leur vie affective exclusivement sur le mirage de l’« amour toujours » et le mythe du « prince charmant » et de « la princesse charmante » ; empêcher que se perpétue indéfiniment le « conditionnement Walt Disney » qui pérennise les rôles sexués et les héros de contes de fées.
De la même façon que les scientifiques cherchent un vaccin pour nous immuniser contre la maladie, cherchons les outils et les stratégies qui nous protégeront contre les idées reçues. Les remèdes passeront dans les deux cas par l’éducation et la pédagogie. L’antidote des deux empruntera les chemins du respect, de la distanciation, de la connaissance et du bon sens.
A la semaine prochaine
« J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé »
Citation de Voltaire, philosophe du XVIIIème siècle
J’ai très envie d’adapter et d’ajouter cette phrase à mon argumentation en faveur du couple nouveau. Le réinventer, faire de la vie de couple un « plus » et non un poids. Expressions novatrices qui étaient, hier encore, pour nombre d’entre nous, de l’ordre d’un idéal, d’un rêve, d’un avant-gardisme imaginaire. Les sciences humaines telles que la psychologie, la sexologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie… utilisent ces expressions dans leurs analyses et leurs recherches.
Non, construire un couple nouveau et plus heureux n’est pas seulement le fruit de l’imagination de nos humanistes. Construire ce couple-là est à notre portée à condition de ne pas être passéiste, pessimiste, défaitiste ou atteint de je ne sais quelle « flemme de l’esprit ». Depuis quelques années, une évolution évidente se dessine dans la demande de mes impatients-es. Quelques exemples : « Nous avons décidé de ne pas nous séparer mais nous voulons tout changer pour être mieux ensemble et individuellement » … « Il me semble que nous pourrions être plus heureux si nous sortions de notre train-train quotidien » … « Nous faisons notre devoir mais nous avons l’impression de nous sacrifier, nous ne voulons pas faire comme nos parents » … « Je me sens prisonnier-e et esclave des habitudes, des idées reçues » …
Derrières les plaintes et les revendications se dissimulent certains archaïsmes et méfaits de la tradition. Les couples qui veulent « s’en sortir » ne veulent plus rêver mais passer à l’action. L’homme et la femme, même combat dans le « comment faire après ? ». Certains, et je les souhaite nombreux, se donneront les moyens d’instaurer des changements qui les conduiront vers un mieux vivre à deux.
Avec quels outils ? Anticonformisme, créativité dans le respect des individualités, un relationnel plus choisi et mieux préparé : « s’inviter sous le même toit », se donner rendez-vous dans un lieu propice au calme et dans une période éloignée des conflits. Faire le point juste après une dispute ne sert à rien. On a pas pris assez de recul. On risque d’aggraver l’affrontement. Prenons au moins notre temps.
La distanciation, qu’elle soit physique ou temporelle va-t-elle susciter plus de respect et une meilleure écoute mutuelle ? Je le pense. Les regards, la parole, l’intonation, les gestes, seront différemment exprimés et moins agressifs grâce au recul, à l’éloignement.
La pandémie et le confinement vont, pour certains couples, exacerber les tensions et pour d’autre devenir une occasion de rapprochement ou tout du moins de meilleure compréhension réciproque. Parions sur eux. Parions sur les conséquences positives du confinement grâce à nos ressources personnelles et aussi à nos professions ressources que sont la thérapie de couple, le conseil conjugal et familial et la sexothérapie.
« L’atelier du couple » à Tarbes invite ceux et celles qui le désirent, à échanger leurs cheminements respectifs, leurs difficultés, leurs interrogations et leurs solutions pour apprivoiser l’apprentissage de l’« Art de la vie en couple ».
