Cela dépend d’abord de ce qu’on entend par « amour ». Je parlerais plutôt d’une relation de couple faite d’estime, de complicité, de connivence, de préférence, une relation dans laquelle la passion amoureuse fusionnelle n’est plus aussi intense, mais a laissé des traces d’admiration réciproque, d’attentions respectueuses, de curiosité du devenir de chacun·e, une sorte d’amitié amoureuse .
Cette volonté raisonnée de construire une vie en couple qui nous convient a pour seul et unique moteur l’intelligence du sentiment affectif. Si passion amoureuse et raison ne sont pas compatibles, amitié amoureuse et raison peuvent l’être parfaitement. Elles guident le « contrat post-passion ».
Être raisonnable dans le couple, c’est accepter de faire son chemin à côté d’une personne qui ne nous convient pas en totalité — la personne qui nous conviendrait en totalité n’existe pas — et ne jamais la laisser entraver notre propre chemin d’évolution.
L’amitié amoureuse est pour moi la définition de l’amour dans la continuité : l’alliance et la mise en scène de la fantaisie et de la raison sur la scène de théâtre du couple.
« Heureux les amoureux, quel que soit leur sexe, lorsqu’ils deviennent amis et restent amants ! » André Comte Sponville.
Assurer confort matériel, sécurité et autorité incombent aujourd’hui à l’homme et à la femme plus équitablement, mais les exigences actuelles viennent se surajouter au poids des habitudes. L’homme et la femme sont tiraillés entre tradition et modernité, et ne veulent renoncer ni à l’un ni à l’autre. Tentons de rassembler de façon exhaustive les différentes charges liées au fonctionnement du couple d’aujourd’hui dans un tableau où exigences présentes et traditionnelles s’additionnent et entrent en collision.
L’homme doit exercer une activité professionnelle qui subvient à une grande partie des dépenses du ménage. Il doit participer aux tâches ménagères, prendre part aux initiatives familiales, s’occuper des enfants, construire la maison, être séducteur, musclé, gentil, attentionné, délicat, tendre, romantique, et ne pas être « obsédé » par le sexe. S’il lui reste du temps, il pourra s’adonner au foot ou à la dentelle…
La femme doit avoir une activité professionnelle « assez bien » rémunérée (20 % de moins que les hommes), mais qui ne gêne pas trop le bon fonctionnement conjugal et familial, donc bien souvent elle doit diminuer son temps professionnel à 80 % pour pouvoir assumer 85 % des tâches ménagères pas toujours reconnues en tant que travail. On entend encore que la femme à la maison ne fait rien de toute la journée puisqu’elle s’occupe de ses enfants, ce qui est naturel, qu’elle nettoie la maison, ce qui n’est pas fatigant et ne demande aucune compétence particulière. Elle doit aussi être gentille et souriante, coquette, soignée, désirante. S’il lui reste du temps, elle pourra s’adonner à la peinture ou au rugby.
Les deux : Où vont-ils pouvoir caser leur vie sociale, leurs amis, quand vont-ils pouvoir flâner, lire, se reposer, câliner » ? Même si ce tableau apocalyptique ne dépeint pas la situation de tous les couples, il est certain que la vie conjugale actuelle se heurte à une montagne d’exigences, avec pour couronner le tout, l’impératif terrifiant parce qu’inatteignable, d’atteindre le bonheur parfait !
Ceux et celles qui viennent chercher une clé à leurs problèmes ne se contentent pas d’un passe-partout. Ils veulent une clé unique adaptée à leur attente et à leurs choix, une clé qui leur ressemble.
S’accorder le temps de communiquer
S’accorder le temps de communiquer dans cette époque d’hyperactivité ?
Nous sommes dans une époque du « tout en même temps et très vite ». Or, on ne peut pas se parler dans n’importe quelles conditions, hypnotisé·e par un écran ou concentré·e sur autre chose. Nous devrions nous accorder le droit de ne faire qu’une chose à la fois et pas trop vite. Choisissons et rendons possible une plénitude de l’instant, de l’immobilité. Laissons la place à une écoute disponible. Offrons nous à l’inattendu, au surprenant, à l’apprivoisement. Sachons accueillir une invitation amicale, romantique ou érotique. Accueillir ne signifie pas accepter, mais reformuler ce que l’on entend, exprimer ce que l’on ressent, un assentiment ou un refus, dire oui ou non. Répondre, en tous les cas, avec empathie, tranquillité, assurance, pour ne pas déstabiliser celui ou celle qui invite. L’invitation se poursuit dans une conversation, un échange d’émotions et d’idées. Nous serons alors en mesure d’aborder les aléas qui jalonnent nos chemins de vie : plaisir, joie, réussite, mais aussi déplaisir, tristesse, deuil, chômage et autres événements heureux ou malheureux. Nous nous donnons le pouvoir d’inventer une communication privilégiée faite de réflexions, d’humour, de compassion et de tendresse. Nous pouvons enfin cheminer à deux dans le calme et l’apaisement des passions quelles qu’elles soient.
Gardons le cap sur le couple
Gardons le cap sur le couple
Parce que c’est lui qui nous sauvera. « Le couple est la civilisation minimale – le contraire de la guerre, l’antidote de la mort » écrit André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique. Oui, le couple est le plus petit groupe sociétal à la fois représentant et miroir de notre civilisation. Quel destin !
De mon fauteuil d’écoute, je m’intéresse à ce couple qui reflète avec fidélité la complexité et l’évolution de notre société.
—J’observe le couple dans son désarroi.
Ballotté inexorablement comme un bouchon dans les méandres de l’évolution technologique, économique, sociétale. Exposé aux invectives des moralisateurs et prôné par les partisans du « super couple ». Partagé entre les idées reçues, croyances diverses et variées du couple du XIXe siècle (rôles sexués de l’homme et de la femme) et les impératifs présents (redistribution de ces mêmes rôles en fonction des choix et des compétences de chacun-e).
—J’observe le couple dans son désir de « normalité ».
Normal signifie pour eux : bons parents, belle maison en ordre, complicité bienveillante, sensualité et sexualité partagées. Mission impossible ? Comment le couple pourrait-il assumer deux professions, tenir une maison, élever un, deux ou trois enfants, prendre le temps de la tendresse et de la sensualité, laisser à chacun-e un peu de temps et d’espace et être « normal » ? Les couples qui veulent bien faire n’en peuvent plus ! Ils n’y arrivent pas. Malgré toute leur bonne volonté ils se sentent confinés dans leurs multifonctions, épuisés, impuissants face à l’injonction sociétale du «conjugalement normal ». Il faudrait peut-être créer des emplois d’aide à la famille, former et valoriser des professionnels dans ce domaine ? On résoudrait par la même occasion en partie le problème du chômage ?
—J’observe le couple dans son désir de changement, d’inventivité, de construction… mais on ne l’accompagne pas, on n’en parle pas, on fait comme si le sens de la vie de couple était inné. Certains-es travaillent d’arrache-pied (dans nos cabinets de réflexion) pendant des semaines ou des mois à la transformation de leur vie de couple et quand ils ont enfin trouvé le sésame d’un entre-deux harmonieux et enrichissant. Il faudrait que tout le monde sache que l’on peut tout remettre en question et qu’il est en notre pouvoir, individuellement et à deux, d’interagir sur une relation de couple et par voie de conséquences sur notre bonheur individuel.
Anne Marie Wolsfelt
Les 3 piliers de la médiation conjugale
La médiation lexicale est le fil conducteur de la thérapie de couple et conditionne son bon déroulement. Elle intervient quand l’homme et la femme sont en » souffrance de dialogue » et ne se comprennent plus : « Quoi que je dise c’est mal interprété » ; « On s’engueule sur tout » ; « On finit par ne plus se parler ». Même si les mots prononcés par l’un et par l’autre sont identiques, leur signification se révèle différente, voire contradictoire. Nous parlons la même langue, mais nous ne tenons pas le même langage. En situation de médiation lexicale, nous allons reprendre les mots ou les phrases, sujets à controverse, les interpréter, et les traduire à la lumière du ressenti de chaque personne du couple. Le but étant d’entendre (au sens fort, celui de comprendre) la signification du message exprimé. La médiation organisationnelle relève de l’organisation pratico-pratique du quotidien. Le ou la médiateur·e accompagne l’homme et la femme dans l’évaluation de leurs goûts, désirs et compétences afin qu’ils puissent choisir, après réflexion et concertation, qui fait quoi, où, quand et comment. C’est un travail qui permet une meilleure répartition des tâches, et un quotidien plus serein face aux impératifs familiaux et professionnels. Les couples sont généralement très demandeurs de médiation organisationnelle, et ils en ressentent le besoin même si tout va bien. Ils s’assoient, exposent la situation, leurs points de vue, et cherchent, avec la collaboration d’un tiers neutre, à trouver le planning qui sera le meilleur compromis pour chaque membre de la famille. La médiation sexuelle se situe à la confrontation de deux univers érotiques bien distincts : celui de la passion amoureuse et celui du couple dans la durée. Elle vise à résoudre le quiproquo sexuel. Elle se situe donc en aval de la passion amoureuse, quand le temps a fait son œuvre d’usure, que chacun·e reproche à l’autre, qui, un manque de romantisme, qui, un manque de désir et tous deux un manque de spontanéité : « Il ou elle n’est plus comme avant »… La médiation sexuelle combat l’ignorance et les idées reçues qui sont légion dans ce domaine. Elle est un lieu privilégié où l’érotisme se parle, un espace d’acquisition de connaissances, d’apprentissage de sa sensualité et de celle de l’autre, d’écoute et d’expression des ressentis, des émotions et des découvertes de chacun·e. La médiation lexicale joue ici un rôle central, car notre vocabulaire érotique est trop pauvre pour exprimer un désir et une sensualité propres à chacun. |
