Définition du mot balade : « partir sans savoir où on va »
Faire l’amour sans savoir où on va ?
Nous employons la même expression « faire l’amour » dans le cadre de deux situations extrêmement différentes : le couple intensément amoureux au plus fort de la passion et le couple amicalement amoureux au plus loin dans la durée. Notre vocabulaire amoureux est bien pauvre ! Et les amalgames qui en résultent sont lourds de conséquences pour le couple post-passion.
Il s’agit ici de distinguer la certitude d’une réciprocité spontanée du couple-passion, de l’improbabilité de cette spontanéité dans le couple post-passion. L’érotisme du couple dans la durée, à condition que les deux partenaires désirent le partager, n’est pas une fonction que l’on déclencherait en claquant des doigts. Il n’arrive pas non plus à l’improviste. Il n’est pas magique !
Une véritable mise en scène
On y pense, on l’attend, on le cherche, on le prémédite, on se prépare. La balade érotique offre un espace-temps où affects et échanges sensuels se reflètent l’un l’autre. Le mot « balade » exprime l’initiative, le lâcher-prise, la lenteur, la curiosité, l’imprévisible, le plaisir de découvrir sans impatience et de jouir du moment. Mais, on ne sait pas où on va. Aucun aboutissement particulier n’est recherché en dehors de nos deux désirs de vivre une sensualité avec délectation. Eternel recommencement et toujours différent, même si nous faisons l’amour l’amour ensemble depuis des années.
Comme si notre érotisme renaissait à chaque fois, parce que chaque balade est unique et originale.
La balade érotique n’est pas un acte sexuel répétitif entre deux personnes qui croient se connaître parcoeur mais une aventure où se mêlent inconnu, incertitude et confiance ; un commencement renouvelable au gré et au consentement des parties. A suivre…
Et l’érotisme ?
Pendant des millénaires
de la vie humaine sur terre, le lien entre le regard et le désir sexuel chez le mâle est une évidence. L’homme regarde, la femme est regardée. Le regard de l’homme hétérosexuel sur le corps de la femme a ceci de spécifique qu’il est involontaire, inné, programmé dans le « disque dur » génétique du mâle humain pour favoriser la reproduction de l’espèce. Ses répercussions sont difficilement contrôlables et très largement sous-estimées. (les yeux du loup de Tex Avery). Mais dans les discours intellectuels contemporains, il est farouchement nié, refoulé, parce qu’il implique l’existence d’un lien puissant entre la séduction et la reproduction.
Aujourd’hui,
aucune société humaine ne s’est trouvée empêtrée dans une contradiction aussi inextricable que la nôtre, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.
La nature a inventé la passion, la culture a inventé le couple. Au-delà de la passion fusionnelle de la rencontre amoureuse, après quelques mois, quelques années de vie commune, la sexualité est toujours considérée comme fonction centrale qui conditionnerait l’équilibre conjugal. Comme si couple dans la durée et sexualité étaient concomitants. Cette croyance provoque bien des désagréments.
A l’encontre de la majorité de nos comportements sexuels dans le couple qui dure, la sexualité devrait être le fruit d’un choix ressenti et exprimé par les deux partenaires et non un acte obligé ou systématique. Mais une sexualité humaine élevée au rang d’un art : l’érotisme. Une sculpture de la sensualité : la balade érotique.
A suivre …
Je dis ton nom “infidélité” !!!
L’injonction d’exclusivité sexuelle est renforcée par les effets de la spontanéité de la rencontre
amoureuse : la fusion des sentiments et des émotions procure une certitude : « Ça ne s’arrêtera
jamais, on s’aimera toujours aussi fort », l’illusion d’une fidélité naturelle qui durerait toute la vie et
qui ne demanderait aucun effort.
En érigeant l’exclusivité sexuelle en condition absolue de la cohésion du couple, on a instauré
une “dictature de la fidélité”, qui est en bonne partie responsable de l’immense décalage entre
l’acte d’infidélité, peu significatif au fond quant à la qualité du lien du couple, et ses
conséquences: souffrance du couple amoureusement amical, surveillance, espionnage,
malveillance, vengeance, médisance, enfants “pris en otages”, désordres familiaux collatéraux,
violences allant jusqu’au crime. Un véritable effet papillon !!!
Pourquoi tant de haine contre notre nature ?
La fidélité sexuelle est-elle obligatoire ?
Dans la nature, chez la plupart des animaux, il n’y a pas d’exclusivité sexuelle sauf rares
exceptions. Le seul impératif est la survie de l’espèce. Le mâle est programmé pour féconder
plusieurs femelles et la femelle est programmée pour être fécondée par plusieurs mâles. On ne
sait pas qui est le père du petit à naître.
L’homme a inventé et installé l’exclusivité sexuelle, la fidélité, pour un souci de paternité.
« Je veux être sûr que ce fils soit de moi » . L’homme naturellement polygyne et la femme
naturellement polyandre se voient dans l’obligation de refreiner leur pulsion animale pour rester
fidèles dans leur couple. La fidélité sexuelle n’est pas une évidence naturelle mais un gage de
moralité envers la société et au nom de l’amour.
On peut néanmoins être fidèle par choix, par souci d’honnêteté conjugale ou de sécurité,
de tranquillité, de respect de la loi.
Ou bien , tout simplement et amoureusement : « Je n’ai pas envie de toucher un autre corps que le tien ».
Faire l’amour, partage ou contrainte
À ceux et celles qui pensent que le lit commun favorise l’équilibre et l’entente dans le
couple, à celui ou celle qui attend avec impatience le moment de se coucher pour faire
l’amour, à celui ou celle qui redoute le moment de se coucher par peur de devoir faire
l’amour : de quel « faire l’amour » parle-t-on et de quelle sexualité s’agit-il ?
Le lit commun invite-t-il à l’assouvissement d’un besoin sexuel souvent univoque ou à
l’aboutissement d’un échange tendre et sensuel ?
Situation la plus fréquente :
Elle : « On est bien au lit, au chaud tous les deux, c’est bien, parce que j’ai toujours froid aux
pieds »
Lui : « Si elle se colle contre moi, je vais très vite avoir envie d’elle »
La proximité physique provoque chez la plupart des hommes un besoin et un désir de
rapprochement sexuel, désir naturel, physiologiquement spontané. Pour elle, le désir ne
sera pas instantané. La chaleur et l’intimité physique qui découlent de la proximité des deux
corps ne seront la plupart du temps pas suffisantes pour provoquer son désir.
Il reproche à sa compagne de ne pas l’aimer autant que lui puisqu’ elle n’a pas envie de
faire l’amour. Il la soupçonne de « frigidité, d’indifférence ou d’infidélité ».
Elle reproche à son compagnon un manque de “romantisme”, attentions, délicatesse, gentillesse, tendresse … Elle le soupçonne d’être obsédé par la sexualité .
Je retrouve les mêmes situations chez un couple homosexuel. Ce qui veut dire que la différence de sexe n’est pas seule en cause mais tout simplement la différence de personne. La concomitance du désir sexuel n’existe qu’au moment de la rencontre amoureuse : c’est le désir magique. Cette spontanéité magique qui ne résistera pas à l’usure du temps, de la promiscuité et de la routine.
Pour beaucoup de couples, ce décalage des désirs est difficile à vivre parce que chacun.e croit
qu’ils ne s’aiment plus autant. Celui ou celle qui désirerait peu ou pas, n’aimerait plus ?
On confond bien souvent désir sexuel et amour ou affectivité.
On peut désirer faire l’amour avec quelqu’un sans pour autant porter de l’affection à cette
personne. On peut aussi porter de l’affection à une personne sans pour autant la désirer
sexuellement. Dans le couple dans la durée, si l’affectivité, la complicité, la solidarité,
l’amitié, sont au centre, la sexualité, elle, ne l’est pas.
La fidélité est-elle indispensable dans le couple?
Qu’appelle-t-on fidélité dans le couple ? Parle-t-on de fidélité sexuelle ou d’exclusivité sexuelle ?
Désirer l’exclusivité sexuelle est possible les premiers mois de la rencontre amoureuse, d’ailleurs on ne la désire pas, car les premiers mois nous sommes dans la passion et une passion est exclusive.
Dans le couple qui dure, la passion a du mal à résister au temps, à la routine, aux corvées, à la proximité, à la promiscuité, aux soucis parentaux et matériels …
Ce n’est pas parce que le couple “va mal” que l’un ou l’autre ou les deux rencontreront une personne avec laquelle ils auront une relation amoureuse ou et sexuelle.
L’attirance à l’extérieur du couple est un phénomène naturel mais qu’est-ce qu’on en fait ? L’exclusivité sexuelle, que l’on appelle communément fidélité, n’est pas naturelle. Elle a été instaurée par l’homme, les religions, les pouvoirs politiques, il y a de cela des millénaires, afin de sauvegarder les héritages familiaux et instaurer un ordre social.
Donc notre culture véhicule une coutume, un interdit qui ne coïncide pas avec notre nature.
Et c’est en partie pour cette raison que la vie de couple est difficile.
La fidélité serait alors : ne pas oublier ce qu’on a vécu ensemble. La fidélité devrait survivre à la séparation, à la relation extra-couple, au divorce. On ne peut pas renier le passé, le vécu.
La stabilité du couple ne dépend pas exclusivement de sa sexualité, nous le savons tous et toutes.
Pourquoi alors au XXIème siècle, ne pas concilier mariage d’amour et rencontres extra-couple ?
Le couple est précieux car il est garant d’une stabilité dont nous avons tous.tes besoin. Essayons de réfléchir à ce qui est important pour chacun et chacune d’entre nous avant de faire appel à l’incompréhension et à la violence .
