Ce que je perçois derrière chaque demande d’entretien sexologique, c’est l’ambition et l’appétit d’une sexualité bienfaisante, tellement difficile à cultiver dans la cohabitation et la durée. Ma réponse à cette recherche passe par la « balade érotique » (voir livre Essai “A nous deux, le couple !”).
La balade érotique c’est se promener dans la sensualité, le plaisir des sens, l’intuition des gestes, jouer, se parler, rire , se balader sans savoir où on va.
Quand le désir n’est plus auussi fort qu’avant, ce comportement fantaisiste et léger, sans obligation de résultat, permet au couple de passer d’une passion magique (coup de foudre) dans laquelle le désir est tout aussi magique et spontané, à une création et une improvisation érotique moins fougueuse, plus réfléchie. Un érotisme à chaque fois réinventé, unique et différent.
Nous savons que la passion est éphémère. Une sexuealité génitale est ennuyeuse.
La troisième voie, l’érotisme, avec sa balade, est un art, une aventure sans quête de résultat tel que l’orgasme dont l’homme se sent le plus souvent responsable et dont la femme se sent le plus souvent éloignée. Dans cette troisième voie, rien n’est certain que le plaisir des sens, le plaisir d’être ensemble et l’échange de caresses.
Ce « faire l’amour » n’a pas de limite d’âge ni de limite de durée du couple. Il s’agit là d’une sexualité humaine bienfaisante, comme si notre érotisme renaissait chaque fois que nous faisons l’amour.
Acte sexuel ou balade érotique ?
Pourquoi associer « balade » et « érotisme » ?
Précisons au préalable que mon propos concerne l’érotisme dans le couple post-passion. Quand le désir magique des premières fois fait place à moins de désir ou plus de désir du tout. Quand on est attachés l’un à l’autre, quand on se dit « je t’aime » mais que le désir sexuel ne suit pas.
Que signifie l’expression « faire l’amour » ? Nous utilisons ces mots dans le cadre de deux situations extrêmement différentes : le couple intensément amoureux au plus fort de la passion et le couple amicalement amoureux au plus loin dans la durée du couple. Notre vocabulaire amoureux est bien pauvre ! Et les amalgames qui en découlent sont lourds de conséquences pour les personnes qui désirent faire durer leur couple et continuer à faire l’amour.
Le terme de « balade » (se balader : se promener sans savoir où on va) permet de distinguer la certitude d’une spontanéité partagée lors du « coup de foudre », de l’improbabilité d’une spontanéité réciproque au bout de quelques mois ou quelques années de vie de couple. De plus, et c’est là que réside toute la complexité de nos comportements sexuels dans le long terme, nous employons également l’expression « faire l’amour » sans faire le distinguo entre un comportement génital (acte sexuel) et un comportement érotique. Le premier implique une idée de besoin et de normalité voire de « devoir conjugal » ; le deuxième suppose une démarche et une gestuelle sensuelles liées à l’affect et au désir de volupté.
Se balader dans l’érotisme sans savoir où on va … improviser, créer, apprivoiser, hésiter. Echanger maladresse, élégance, habileté, rires, sourires, mots, soupirs et … le désir sera peut-être au rendez-vous … ou pas.
Cette liberté dans l’incertitude de résultat redonnera confiance en soi et lâcher-prise, conditions incontournables pour la fabrication du désir.
La sexualité et ses limites ?
A cette question qui m’a été posée par des étudiants en sociologie, je répondrai d’abord qu’une des limites à la sexualité est la sexualité elle-même telle qu’elle est pensée et vécue aujourd’hui dans notre culture.
L’omniprésence de la génitalité (héritage du souci de reproduction de l’espèce) et l’absence fréquente de sensualité, font de la sexualité un « acte » indigne d’intérêt, indigne de l’être humain. Le souci de la performance mécanique et de la recherche de l’orgasme à tout prix (orgasmocratie) rendent la sexualité vide de sens et de sensualité, vide d’amour.
Que faisons-nous du désir sexuel ?
Que nous soyons homme ou femme, que faisons-nous de nos différences de ressentis, nos différences dans l’improvisation, la fabrication, la soudaineté ou l’attente de notre désir ?
Que faisons-nous quand l’un désire et l’autre pas ?
La relation sexuelle devrait naître de l’aboutissement d’un désir individuel et d’un consentement mutuel, réciproque, partagé. Une sculpture à deux. Un art.
Mon travail de recherche et de dialogue avec mes impatients me conforte dans l’idée que l’évolution humaine, dans le contexte de la sexualité, ne fait que commencer. L’évolution sexuelle s’enrichit de la pensée de tout homme et toute femme qui se posent la question des limites de la sexualité.
Aimer est bon, l’exprimer est un art.
FORMATION
Thérapie de Couple et Sexothérapie
Aider les professionnels dans l’accompagnement du couple
Reconsidérer le couple dans ses fonctions spécifiques et son intimité sexuelle
Redéfinir les thématiques de la communication au sein de l’entre-deux conjugal
Intégrer une conception novatrice de la relation de couple au sein des nouvelles familles
2 jours de formation à Tarbes
12 et 13 Juin 2026
Pourquoi est-il essentiel de se former ?
– Les problèmes d’ordre affectif, les divergences dans les valeurs et les modes de vie, les problèmes d’intimité sexuelle sont majoritairement à l’origine de la fragilité du lien et des causes de séparations.
– Si le mariage traditionnel est un échec sous sa forme traditionnelle, il ne s’agit pas pour autant de renoncer à la vie à deux.
– Il est impératif, à l’entrée de notre 3ème millénaire, de repenser entièrement les rapports des deux personnes qui forment le couple, rapports qui sont à l’origine de la cellule familiale, donc de la société tout entière.
Il s’agit d’un travail de recherche autour de 4 points fondamentaux
Histoire – Société – Psycho-affectif – Sexualité
Coanimé par Anne Marie Wolsfelt Artero et Virginie Gasc
Sexologues et Thérapeutes de Couple à Tarbes Hautes – Pyrénées
PROGRAMME, TARIFS ET INSCRIPTIONS
sur WWW.CIFRES.ORG
gascvirginie@gmail.com
Et l’injonction de performance ?
L’injonction de performance se fait de plus en plus pressante au masculin comme au féminin.
Un de mes impatients (je nomme ainsi les personnes que je reçois dans mon cabinet), se plaignait de ne pas être « sexuellement performant” et me disait ressentir une “angoisse de normalité”. Celle-ci est à l’origine de la quasi majorité des demandes de consultations masculines. Cette angoisse de normalité est également présente chez de nombreuses femmes qui expriment l’absence de désir et de réactions sexuelles en terme de “blocage“.
Pour lui et pour elle, hétéro, homo, trans, la normalité en matière de sexualité c’est la performance. Il faut être à la hauteur, ressentir un désir sexuel spontané, des réactions sexuelles à la hauteur du défi de la performance, que l’on vienne de se rencontrer ou que le couple dure depuis des années.
J’interprète ce vécu oppressant en terme de “championnite” contemporaine dans le contexte de la sexualité. L’homme exige de lui-même une érection pénienne au garde à vous et qui dure le plus longtemps possible. Parallèlement, la femme exige d’elle-même une excitation et des réactions sexuelles quasi simultanées et équivalentes en intensité à celles de l’homme.
Ors, réactions sexuelles en chaîne et à fortiori simultanées ne sont pas compatibles avec nos différences biologiques, nos différences émotionnelles et fantasmatiques, quel que soit notre genre. Théoriquement tout le monde le reconnaît mais concrètement l’individu réagit comme s’il ne le savait pas. La recherche scientifique et pharmacologique favorise une quête d’activité sexuelle de compétition en faveur d’une sexualité efficace mécaniquement et génitalement.
L’érotisme, l’émotion sexuelle, en terme de désir et de plaisir relèvent plus de la lenteur, de la sensualité, de la tendresse, de la douceur, de l’intuition du mouvement et des gestes.
EROS n’a pas sa place dans cette lutte pour une efficacité à tout prix : une “orgasmocratie” vaine et inhumaine.
