Et l’injonction de performance ?

L’injonction de performance se fait de plus en plus pressante au masculin comme au féminin.
Un de mes impatients (je nomme ainsi les personnes que je reçois dans mon cabinet), se plaignait de ne pas être « sexuellement performant” et me disait ressentir une angoisse de normalité”. Celle-ci est à l’origine de la quasi majorité des demandes de consultations masculines. Cette angoisse de normalité est également présente chez de nombreuses femmes qui expriment l’absence de désir et de réactions sexuelles en terme de blocage“.
Pour lui et pour elle, hétéro, homo, trans, la normalité en matière de sexualité c’est la performance. Il faut être à la hauteur, ressentir un désir sexuel spontané, des réactions sexuelles à la hauteur du défi de la performance, que l’on vienne de se rencontrer ou que le couple dure depuis des années.
J’interprète ce vécu oppressant en terme de championnite” contemporaine dans le contexte de la sexualité. L’homme exige de lui-même une érection pénienne au garde à vous et qui dure le plus longtemps possible. Parallèlement, la femme exige d’elle-même une excitation et des réactions sexuelles quasi simultanées et équivalentes en intensité à celles de l’homme.
Ors, réactions sexuelles en chaîne et à fortiori simultanées ne sont pas compatibles avec nos différences biologiques, nos différences émotionnelles et fantasmatiques, quel que soit notre genre. Théoriquement tout le monde le reconnaît mais concrètement l’individu réagit comme s’il ne le savait pas. La recherche scientifique et pharmacologique favorise une quête d’activité sexuelle de compétition en faveur d’une sexualité efficace mécaniquement et génitalement.
L’érotisme, l’émotion sexuelle, en terme de désir et de plaisir relèvent plus de la lenteur, de la sensualité, de la tendresse, de la douceur, de l’intuition du mouvement et des gestes.
EROS n’a pas sa place dans cette lutte pour une efficacité à tout prix : une orgasmocratie” vaine et inhumaine.

La sexualité et ses limites ?

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