Le quiproquo sexuel

Ce que j’appelle le quiproquo sexuel, quiproquo que j’ai appris à reconnaitre lors de mes entretiens avec mes « impatients », est un phénomène d’origine culturelle et sociétale basé sur des croyances et des mythes. Chaque couple, chaque souffrance conjugale et sexuelle qui s’exprime dans mon cabinet a pour origine un quiproquo, un malentendu entre le féminin et le masculin, un leurre, un mirage, une erreur, un piège, une illusion, un mensonge.

Le quiproquo sexuel s’installe déjà dès la rencontre et il sera d’autant plus important et ses conséquences seront d’autant plus catastrophiques que la rencontre aura été un « coup de foudre ». Comme si la foudre avait tout détruit sur son passage sauf cet homme et cette femme qui se croient seuls au monde et qui fusionnent déjà dans la pensée, ils ne forment qu’un, leurs ressentis sont identiques, leurs idées sont identiques, leurs désirs sont identiques.

La foudre les a figés dans une fusion physiologique et spirituelle. Le désir physique est simultanément présent, on l’appelle, à ce stade-là le désir magique. Le quiproquo commence à se construire à ce moment précis où chacun croit qu’il en sera toujours ainsi de la simultanéité du désir. Mais cette période passionnelle ne dure malheureusement pas plus de deux heures à deux ans. Quand la passion diminue ou s’éteint, la magie diminue ou s’éteint. Il faut très vite passer à autre chose de peur que le souvenir même de cette passion s’envole également.

Après l’entrée en vie de couple, l’homme demeure dans la spontanéité de son désir sexuel en confondant souvent désir et besoin. Il va attendre de la femme qu’elle soit dans les mêmes dispositions. Puisque jusque là le désir a été magique même pour elle ; pourquoi cela s’arrêterait-il ? L’homme, d’abord étonné puis frustré du refus puis de la fuite de sa compagne devant son invitation à faire l’amour, va croire que celle-ci l’aime moins, ou qu’elle est malade, ou qu’elle a un amant. Au même moment la femme bâti une stratégie d’évitement et de rassurance vis-à-vis de son compagnon.

Elle aussi pourra croire qu’elle n’aime plus son compagnon, qu’elle n’est pas normale voire frigide, qu’il est obsédé, pervers etc. bref, qu’ils ne sont pas faits pour vivre ensemble. Encore un stéréotype aboutissant à un quiproquo : « faits pour vivre ensemble ».

L’homme se sent désaimé car pour lui la sexualité est un moyen de dialoguer, de dire : « je t’aime ». Il va en vouloir à sa compagne de ne pas répondre d’une façon identique à son besoin. Souvent et dans le même temps, la séduction réciproque n’existe plus. Les attentions, les gestes de tendresse sont absents. La routine a pris le pas sur la fantaisie, la légèreté, la curiosité, l’inventivité. Les parents devenus ont pris la place des amants. Et même s’il n’y a pas d’enfant, la proximité journalière installera à plus ou moins long terme l’ennui et la lassitude dans le couple. Cet état de fait émanant du quiproquo sexuel va déstabiliser le couple. Les deux protagonistes vont progressivement entrer dans un comportement d’évitement accompagné de tristesse et de déception des deux côtés.

La femme doit passer du désir magique au désir du désir si elle veut passer du désir « naturel » au désir fabriqué, inventé, prémédité. Et c’est là que le sexualité devient un art et c’est là que l’on peut enfin parler d’érotisme. La sexualité humaine est un art ou n’est pas. La génitalité est une fonction, l’érotisme est un art.

Comment l’homme et la femme peuvent-ils évoluer vers une sexualité plus humaine quand leur environnement leur propose au fil des siècles, superstitions, obscurantisme, désinformation et pornographie ?

Il est encore plus difficile pour un homme aujourd’hui d’assumer sa sexualité car notre culture lui a mis sur le dos la responsabilité du plaisir sexuel du couple. C’est aussi pour cette raison que les hommes ont les épaules larges ! Mais sans rire ou sourire il est difficile pour un homme d’accepter que sa pulsion sexuelle soit limitée par une société civilisatrice. « La nature n’est pas politiquement correcte, seuls les humains peuvent l’être ».

Je reviendrai sur ce sujet car il est au centre de mes réflexions avec mes impatients et au centre de la création d’une nouvelle sexualité ou d’un nouvel érotisme dans leur vie de couple.

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