Le quiproquo sexuel et la balade érotique : enquête

Un an après la publication de mon livre « A nous deux, le couple ! », je voudrais, pour répondre à votre demande, continuer à travailler sur le thème du quiproquo sexuel et de la balade érotique afin que nous puissions tous et toutes, lors du colloque du 7 novembre 2020, échanger et construire. Aller encore plus loin dans ce projet :
La résolution du quiproquo sexuel et la conception de la balade érotique vont façonner un nouveau décor dans la vie en couple et l’épanouissement de l’être humain.   

Lui : « Elle ne vient plus vers moi, elle refuse mes câlins, elle doit avoir quelqu’un »
Elle : « J’ai un blocage, c’est que ne suis pas normale… ou que je ne l’aime plus ». 
Analysons les événements de façon chronologique :
La rencontre, le flash , le coup de foudre, le fruit de la séduction.
« Nous nous comprenons sans nous parler, c’est magique ». 
Pas besoin de traduction, l’interprétation des mots et des comportements est magiquement et automatiquement source de bonheur.
La magie opère aussi dans la sensualité, l’intuition des gestes, la volupté. Le désir sexuel est spontané, réciproque et quasi simultané. Il y a même souvent, de part et d’autre, le désir d’un orgasme simultané, partage interprété comme étant la signature et la preuve irréfutable de la passion, d’un amour éternel. « Nous sommes faits l’un pour l’autre ! ».

Dans le quiproquo sexuel, on croit que la magie ne s’arrêtera pas.  
L’homme croit que la femme dont il est tombé amoureux exprimera indéfiniment son désir sexuel de la même façon qu’au début de leur passion, spontanément et fréquemment. La femme croit que l’homme dont elle est tombée amoureuse exprimera indéfiniment séduction et romantisme, de la même façon qu’au temps de leur rencontre, spontanément et fréquemment.

Quand nous entrons en vie de couple, les composantes de la passion vont, en s’amenuisant puis en disparaissant, devenir les instruments de sa destruction. Quand la passion perd de son intensité, la communication des émotions et le désir sexuel ne se vivent plus dans la simultanéité ni dans la similarité. C’est ce constat qui, lentement, s’insinue et fait peur. La spontanéité réjouie s’étiole et le désir sexuel de l’homme et de la femme se différencie et amorce un décalage dans le temps et dans l’intensité.   

C’est au commencement de la vie en couple que commence la lente et insidieuse décomposition de la passion parce que nous nous lançons aveuglément dans un fourre-tout prêt-à-porter et prêt-à-vivre dans lequel nous jetons pêle-mêle passion amoureuse, besoins matériels, partage (équitable ou pas) des tâches et des responsabilités…
Le temps qui passe, la promiscuité et la routine opèrent progressivement un travail de sape qui ronge le merveilleux de la rencontre et cache les évidences de la réalité : habitudes, lassitude et ennui. L’homme et la femme perdent l’élan magique qui les poussait l’un vers l’autre. Ils font l’amour moins souvent et l’homme le déplore. Ils sont moins romantiques et la femme le déplore.
De jour en jour l’enthousiasme communicatif s’étiole. On ne joue plus, on est moins curieux, on ne se surprend plus, on ne rit plus. On voudrait encore partager alors qu’il faudrait apprendre à échanger. Nous ne sommes plus les mêmes, nous sommes différents. Mais échanger le « différent » est plus difficile que partager le « même ».

Ils s’accusent mutuellement de ne plus s’aimer autant, ce qui est vrai, mais qu’ils n’osent pas exprimer. Par exemple en disant : « Je t’aime moins, mais je veux rester avec toi ». Cette phrase est-elle audible sans provoquer un tsunami affectif ?
Mais c’est le langage de la passion ou rien, le totalitarisme affectif fait loi : « S’aimer moins n’est pas normal, je me suis trompée, ce n’est pas l’homme ou la femme de ma vie ».
Ils se sentent désemparés. Ils sont encore attachés l’un à l’autre, mais ils pensent que ce n’est pas suffisant pour continuer à vivre ensemble.
On ne leur a pas expliqué que le désir masculin est inné qu’il y ait passion ou pas et que le désir féminin est inné uniquement dans le temps de la passion mais à fabriquer dans la continuité du couple.

Certaines de mes impatientes se révoltent : « C’est injuste ! Je ne comprends pas pourquoi il y a cette différence entre les hommes et les femmes. »  C’est pour cette raison que je me demande si la nature n’a pas inventé la passion amoureuse uniquement pour assurer la survie de l’espèce. En cela elle est au top ! Mais elle n’a pas pensé à la suite (la vie de couple) ni assuré la garantie d’un amour post-passion.
Le souvenir de la passion, son empreinte, ses marques, retiennent le couple pendant un temps plus ou moins long dans un sentiment de gâchis. Ils voudraient revenir en arrière, recréer cette passion. « Qu’est-ce qu’il reste de notre passion ? et que peut-on faire avec ça ? ».
Quand il reste le respect, une complicité d’action, un attachement affectif, quand philia (amitiè) et agapé (ampathie) sont encore présents, on peut apprendre à fabriquer eros (amour). Nous arrivons aux fondements de la balade érotique. Accepter que faire l’amour devienne un art qui s’apprivoise, comme tout art, un apprentissage, une remise en question par étapes successives, une curiosité, une recherche. La passion amoureuse n’est certainement pas une condition suffisante à la continuité du couple, mais c’est un constat que nous refusons de faire alors même qu’il nous permettrait de changer la forme. Transformer la magie en création. On fait l’amour autrement, on se balade dans l’érotisme. Pour l’érotisme, dans la continuité de la vie de couple, la nature laisse la place à la culture.

Ce que je perçois derrière chaque demande d’entretien sexologique, c’est l’ambition et l’appétit d’une sexualité bienfaisante, tellement difficile à cultiver dans la continuité du couple. Ma réponse à cette recherche, c’est la « balade érotique » : se promener lentement dans l’érotisme… sans savoir où nous mènera cette balade. Le mot « balade » exprime l’initiative sans l’attente, le lâcher-prise, la lenteur, goûter l’imprévisible, le plaisir de s’arrêter pour rien, pour tout, pour contempler ou exprimer, pour jouir de l’instant, et repartir, découvrir sans impatience, les sens toutes voiles dehors, s’abandonner dans le non-vouloir mais le ressentir. Nos deux corps, nos deux sensualités s’entremêlent et, en même temps, longuement, tissent le lien de nos deux désirs de vivre avec délectation. Eternel recommencement et toujours différent, comme si notre érotisme renaissait chaque fois que nous faisons l’amour.
La balade érotique va permettre à l’homme de ne plus angoisser quant à son efficacité génitale et à la femme de prendre le temps de fabriquer son désir si elle en a envie.
La tendresse, la délicatesse, la sensualité, l’intuition des gestes, la volupté deviennent le fruit d’un échange et non d’un partage. A tout moment l’un ou l’autre peut interrompre cet échange sans provoquer pour autant un tsunami affectif. La délicatesse, le souci de soi et de l’autre, permettrons que la balade soit une fin en soi et non l’attente angoissée d’un aboutissement génital.  

Remarque : Je tiens particulièrement à joindre à mon propos une remarque concernant la femme et la diminution ou la perte de son désir sexuel dans la continuité du couple.
Nombre d’entre elles me confient avoir subi des attouchements sexuels pendant leur enfance ou leur adolescence. Elles pensent que leur manque de désir en est la conséquence. Je fais le constat que le phénomène de manque ou de perte du désir est le même après quelques années de vie de couple, quel qu’ait été le passé de la femme.

Conclusion

Je pense que c’est surtout et encore l’ignorance, alimentée par une éducation insuffisante en matière de sexualité, qui est à l’origine de ce quiproquo et de bien d’autres incompréhensions. La passion se nourrit d’absence, de doute, de curiosité, d’admiration.
La vie de couple se nourrit de présence, de certitude, de banalité, de plainte.  

Voie sans issue ?

Le recul historique et sociétal que nous prenons au cours de nos entretiens de couple, permet à l’individu de ne plus porter seul et entièrement la culpabilité d’une mésentente mais de l’attribuer également à la tradition : pas soi, pas nos parents, pas nos grands-parents, mais l’histoire des générations qui se succèdent avec les héritages culturels plus obscurantistes qu’humanistes et progressistes.

Le quiproquo sexuel est à l’origine de la majeure partie des séparations. Mes études statistiques, sur 25 années d’exercice, concernant cette problématique et s’agissant exclusivement de mes propres consultations, sont en cours et seront communiquées lors du prochain colloque de Tarbes « L’après-midi du couple » le 7 novembre 2020.  

L’année 2020 sera l’année d’interrogations riches et assumées dans la poursuite d’un épanouissement individuel et de couple quels que soient les événements.                                 

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