Exit le langage des mains et du sourire ?

Qu’en est-il de la perte momentanée ou durable, nous ne savons pas encore, de ce sens si vital que représente pour nous, thérapeutes sexologues, le « toucher » ?
Qu’en est-il de « la poignée de main » lors de l’accueil de mes impatients-tes ? Se serrer la main est interdit. Pourtant ce premier geste partagé entre une personne ou un couple et son thérapeute est porteur de rassurance et d’empathie. Il symbolise dans notre culture latine, un accueil chaleureux, et dans notre éthique professionnelle, un accord de principe : « Je vous reçois pour répondre à votre attente de soin ». Ce langage des mains, ce « passage de relais » lors d’une nouvelle rencontre me manque et manque à mes impatients-tes. Instinctivement nous nous surprenons à amorcer le geste de tendre la main, mais très vite l’élan est interrompu par l’interdit, la raison. Je dis, comme pour m’excuser: « Nous n’avons pas le droit… mais le cœur y est. » Les mots tentent de remplacer le geste. Je laisse à la personne que je reçois le soin de décider que nous portions le masque ou pas. Un bureau nous sépare, qui matérialise à la fois la bonne distance sanitaire et l’espace octroyé au respect des personnes et des mots ; concordance positive. Au bout de quelques minutes d’entretien, la personne en face de moi, enlève son masque. Pour mieux respirer ? Pour parler plus librement ? Pour ne pas masquer ses émotions ? Son mieux-être est visible. Elle pose son masque, s’installe plus confortablement et sourit. Le sourire, comme une invitation à continuer l’entretien, à s’autoriser l’expression de ses émotions.
N’oublions pas que le masque (notamment au théâtre) est la métaphore d’une attitude trompeuse. Qui que nous soyons ressentons un malaise face à cet objet. Instinct de conservation et désir de relation humaine se confrontent dans nos pensées et nos actes. La bonne distance, qu’elle soit à but sanitaire, dans le couple, ou dans la relation thérapeutique est le lieu du dialogue, de la médiation et du respect.
Pourrions-nous à l’avenir attribuer à ces « gestes barrière » une deuxième mission d’ « ouverture » et inventer de nouveaux comportements relationnels ?
« Le réel est à prendre ou à laisser… Mieux vaut agir que trembler. » Extraits du livre « Contre la peur » auteur : André Comte Sponville.

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